Ariane Buisset, écrivain, professeur de yoga, Tai-Chi, Qi Kong, chant diphonique et harmonique, méditation Zen et tibétaine ARIANE BUISSET
   
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Les articles d'Ariane Buisset
   

Ariane Buisset est écrivain et chroniqueuse au magazine "Le Français dans le Monde". Elle collabore aussi régulièrement aux revues Infos-Yoga et 3ème millénaire.

   
Article 1 "La simplicité, c'est le sans modèle." (Infos Yoga)
Article 2 "Humour et spiritualité" (3ème millénaire)
Extrait du livre "La Réconciliation" Édition ADYAR 2000
LA CHARTE DES RELIGIONS EN DIX POINTS

 
   

Article 1 "La simplicité, c'est le sans modèle." (Infos Yoga)

L'un des nombreux écueils qui guette le pratiquant de n'importe quelle voie, et pas seulement celle du Yoga, est la complication inhérente à tout idéal.

L'adepte s'est mis en chemin parce qu'il avait devant les yeux de magnifiques modèles, qui lui promettaient monts et merveilles : détachement des biens de ce monde, absence de passions négatives, compassion envers tous les êtres, etc. sans parler, ça et là... de quelques pouvoirs alléchants comme celui de guérir d'une parole, de savoir le futur à l'avance, de faire tomber la pluie, j'en passe et des meilleures...
Au début l'idéal propulse. Il encourage d'autant plus que, suite à une pratique sérieuse, on constate en soi et dans son entourage des modifications importantes. On est effectivement moins stressé(e), moins angoissé(e), moins timide, moins colérique... On commence aussi à comprendre que la vie n'est pas un chaos total, qu'elle s'ordonne selon certains axes, que certains appelleront karma et d'autres la volonté de Dieu. On a par ailleurs quelques expériences qui prouvent que la conscience élargie existe bel et bien, et que situé(e) à ce niveau, on envisage d'un autre œil et les tracas quotidiens et les questions vitales.
Éventuellement même, "l'expérience-sans-expérimentateur" advient et balaye d'un coup toute vision morcelée du monde, faisant de tout ce qui existe à la fois un passage éternel et une éternité non-passante, une évanescence sans retour et une lumière sans ombre.
Mais voilà...

L'idéal devient très vite un piège. Ces grands hommes et femmes qui nous ont propulsé(es) peuvent aussi nous écraser et nous faire trahir notre nature. Ou plutôt, le mauvais usage que nous faisons d'eux, à leur insu, peut nous transformer soit en dépressifs amers, soit en caricatures grotesques. Les deux dangers sont d'importance.

Le premier danger nous anéantit avec l'idée lancinante que nous n'égalons pas nos modèles. Même après des années de pratique, nous ne sommes (encore) ni aussi sages, ni aussi aimants, ni aussi braves que nous "devrions" l'être. Ramana Maharshi s'est réfugié sur une montagne, et nous sommes restés là, bien au chaud dans notre immeuble, dans notre appartement, dans notre bureau... Au mieux, nous avons réussi à nous déplacer de quelques centaines de km, pour nous exiler en province, prendre quelque distance vis-à-vis de la société de consommation, et vivre plus simplement, mais... l'exploit ne rentrera pas dans les annales ! Il ne fera pas l'objet d'un article dans Infos-Yoga !

Bodhidharma est resté en méditation des mois face à un mur... et son premier disciple a accepté qu'on lui coupe les bras plutôt que de bouger, mais nous, au bout de quelques jours de sesshin, nous avons mal aux genoux et nous décidons d'aller à la communion du petit cousin, qu'il est soudain hors de question d'éluder...

Ainsi, face à ces grands anciens, il se peut que la tristesse nous accable : la tristesse, le désespoir, et même éventuellement la rancœur. Nous étions partis vaillamment, et maintenant nous réalisons que nous ne finirons pas assis(e) en lotus sur une estrade, vêtu(e) de blanc, entouré(e) de disciples admiratifs. Nous ne goûterons pas, dans cette vie-ci, le bonheur perpétuel des libérés vivants. Il s'agissait d'un miroir aux alouettes... Avec regret, nous changeons alors de but. La réalisation est reportée à une existence future, le nombre d'existences envisagées pour l'atteindre étant directement proportionnel au découragement. Cette capitulation pure et simple a une consolation. Elle se drape souvent dans un très beau manteau de modestie.
Mais la modestie est toujours gaie et ceci ne l'est pas !

Le deuxième danger, face à l'échec devant l'idéal, ne consiste pas en un retour au monde ordinaire mitigé d'ambitions soi disant plus "humbles", mais en un travestissement complet de soi-même : "Puisque je n'en ai pas le ramage, autant en avoir le plumage. Et je serai quand même le phœnix de ces bois, ah, ah, ah !".
"Évidemment au fond du cœur, je saurai qu'il y a fraude, mais les compensations venant d'un entourage médusé réussiront à me le faire oublier. Je ne serai ni Ma Ananda Moyi, ni Ramakrishna - je le dirai du reste- mais je le serai "presque". Et grâce à ce "presque", je pourrai obtenir la considération qui m'est due (je pense !) en raison de mes efforts précédents. Par ailleurs (ô serpent pervers...) si je dis que je ne suis pas si bien que ça, peut-être les autres croiront-ils qu'il s'agit de fausse modestie... ou bien encore - et cette fois, je peux presque y croire moi-même, cette note d'abaissement est-elle justement ce qui manquait à mon élévation (!)"

Quoi qu'il en soit, le "presque" éveil affiché s'agrémente toujours d'un maximum de costume (robe indienne, foulard tibétain, châle népalais) d'une tonne de vocabulaire érudit (miettes de sutras, et d'upanishads) d'un panier de nourritures spéciales (pas de viande, pas d'alcool, pas de céréales, pas de sucre, pas de café, pas de pommes de terre - cochez la case inutile). Il aime aussi les mises en scènes édifiantes (sourire désarmant, démarche planante, œil étoilé, voix mielleuse ou au contraire tonitruante)... Ajoutons, à propos des régimes, que le problème n'est pas d'en avoir un, (je suis moi-même végétarienne), mais de tout faire pour que cela se sache et pose le maximum de soucis à tout le monde.

La complication étant mère de la complication, celle du "je n'y crois plus" comme celle du "je m'y crois déjà", créent par ricochet, un monstre "spirituel" qui est un vrai "frankenstein du Yoga". Par rapport à cette créature dévoyée, la fréquentation du simple camionneur, du plombier ou de ma concierge est tout simplement édifiante. Ces trois personnes (que je connais de près) sont en effet d'une chaleur humaine, d'une facilité d'élocution et d'une clarté de vue, qui fait d'elles de véritables inspirateurs, agréablement indemnes de tout enseignement tantrique, et n'ayant aucun doute sur leur propre identité.

Notez, vous l'aurez deviné, que si ces portraits viennent si facilement sous ma plume, c'est que je ne leur suis pas totalement étrangère. Je les vois se profiler sans cesse à l'horizon (et bien d'autres). Mais chaque fois que je risque de sombrer dans l'abîme avec eux, j'ouvre mon parachute... (enfin je l'espère).

Des parachutes, j'en vois deux aussi. (Le principal et celui de secours, comme dans toutes les bonnes expéditions).

Le premier parachute (visiblement, j'ai un goût pour les classements de style bouddhiste, mais mettons que ce soit simplement mon amour de la logique et non de l'or plaqué !)... Le premier parachute, donc, consiste à informer tout de suite le pratiquant que LES MODÈLES QUI L'INSPIRENT NE SONT PAS DE SA CULTURE OU PAS DE SON TEMPS ! .../...

Quand bien même, il s'éveillerait totalement et deviendrait un bouddha complet (samyak sambuddha - notez le pâli, svp), il ne s'assoira jamais en lotus sous un dais, il ne dirigera jamais un monastère de vieux durs à cuirs chinois (du XVIIIe siècle, si possible, ce sont les meilleurs), il ne s'établira jamais dans une grotte aux fins fonds des Himalayas.

Les maîtres indiens qui continuent à se comporter comme des maîtres indiens en Europe sont en voyage. Et ils jouent très exactement le rôle qu'on attend d'eux !

Le second parachute, celui de secours, est la FOI... la foi non en l'Absolu non-manifesté, qui a animé la première partie de la quête, mais au contraire LA FOI EN LA CRÉATIVITÉ INCESSANTE DES FORMES.

Jusqu'à présent en effet, le maître savait grosso modo que le disciple porterait la même robe que lui, mangerait les mêmes nourritures et suivrait le même emploi du temps. À présent, il lui est impossible de prévoir quoi que ce soit.

Quelle forme l'éveillé du XIXe siècle devra-t-il prendre, face aux nouvelles urgences. Mystère ! ... / ... et c'est cela qui est merveilleux !

Sesshin : retraite intensive de méditation Zen durant en général une semaine.

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Article 2 "Humour et spiritualité" (3ème millénaire)

Tous les maîtres que j'ai rencontrés avaient un sens de l'humour qui faisait voler en éclat le conformisme mental, bien plus sûrement que des pratiques sévères et des discours édifiants.

Pour égrener quelques souvenirs, je reverrai toujours de ma première rencontre avec Namkai Norbu Rimpoche. Il venait de parler, plusieurs heures d'affilée, de certains enseignements bouddhistes concernant la nature de l'esprit (ou de quelque autre sujet, tout aussi affriolant !) et j'avais bu ses paroles avec un sérieux qui devait me donner un visage de marbre (à cette époque, pour moi, la pratique "ne rigolait pas"). Ayant remarqué mon air sévère, il fendit la foule et vint se planter devant moi : "Pourquoi êtes-vous là ?", me demanda-t-il abruptement - Euh, comme vous... Parce que le bouddhisme est pour moi ce qu'il y a de plus important... Parce que vous êtes un maître bouddhiste et parce que je suis bouddhiste, voilà tout." Il éclata d'un rire énorme :
- Mais vous n'êtes pas bouddhiste, voyons !
Mon univers de certitude se fendilla.
Comme j'avais pris refuge plusieurs années auparavant et vécu dans diverses communautés, je crus qu'il mettait en doute la véracité de mon engagement, et je me sentis très blessée... Puis, soudain, une lueur se fit jour dans mon esprit...
Bien sûr... Le ciel est bleu, la mer est verte...
Comme quoi, on peut vraiment se tuer, en courant vers l'escalier de secours !

Une autre fois, alors que je marchais dans le jardin avec un maître zen, en lui confiant, toute pleine de mon propre discours, les problèmes qui me tenaient à cœur, il se pencha vers l'herbe et s'exclama "oh le joli jasmin ! Vous avez vu !" Sur le moment, je fus un peu vexée de le voir s'intéresser à un détail aussi insignifiant, au lieu de me prodiguer les conseils appropriés. Était-ce là son écoute, sa compassion ? Pourtant, spontanément - car je pense encore aujourd'hui qu'il n'y avait là aucune préméditation - il venait de me faire la démonstration de la vraie solution : celle d'un esprit capable de demeurer ouvert dans toutes les directions, quelle que soit la situation, et de se réjouir des cadeaux impromptus de l'univers. Celle d'un espace qu'aucun drame de l'égo ne remplirait jamais...

Une autre fois, après une exhortation à "l'attention juste", la vertu cardinale du bouddhisme, ce même maître (Taikan Jyoji nous pria d'aller chercher dans la nature les outils égarés par des participants négligents, lors du "samu" (travail obligatoire). Nous revînmes bientôt avec toutes sortes d'outils de construction et de jardinage, qui avaient été semés ça et là. À chaque prise rapportée, pour bien enfoncer le clou, le maître s'exclamait : "ça, c'est l'inattention... ça, c'est l'inattention... vous voyez..." jusqu'au moment où une jeune femme lui tendit un sécateur, qu'il reconnut comme étant le sien? Il hésita une fraction de seconde... "Et voilà l'inattention juste", dit-il en éclatant de rire.

Ces trois petites scènes, qui passèrent en un éclair, sont peut-être celles auxquelles j'ai réfléchi le plus profondément, pendant les dizaines d'années qui suivirent... Ce sont celles qui surgissent encore devant mes yeux, quand on me parle de la vie spirituelle : évidemment, j'étais bouddhiste, mais il valait mieux l'oublier définitivement (sinon quel carcan), évidemment, j'avais des soucis (mais le jasmin n'en fleurissait pas moins pour autant), évidemment, j'avais des défauts (mais il n'y avait pas de quoi en faire un plat, les grands maîtres aussi)...

Grâce à de tels modèles (plusieurs années après, il faut l'avouer !), mon propre sens de l'humour et de l'autodérision se développa. Mon propre côté enfantin se mit à rejaillir librement. Il se développa même au point que ceux qui viennent travailler avec (et en même temps que moi) doivent se demander parfois si je ne suis pas un simple clown.

Après un week-end consacré à la fête de notre association, au cours duquel les participants avaient eu droit à une pratique (comme toujours) plutôt sévère, et à des projections de diapos, on ne plus "spiritualisantes", je leur promis une surprise, un reportage inédit sur la vie de deux grands yogis inconnus, récemment installés à Paris.

Les deux yogis en question n'étaient autres que moi et mon collègue, qu'on voyait apparaître collée au plafond comme des mouches, grâce à leurs pouvoirs paranormaux (diapo inversée), se livrer à une ascèse farouche (en buvant du vin dans les caves du Périgord et en faisant la sieste au pied d'un tonneau), et feuilleter la bhagavad gita permettant de trouver réponse à tout (effondrés et perplexes devant une fuite d'eau sous le lavabo).
Le décalage entre le commentaire (imitant les grands classiques) et les photos absurdes avait pour but de désamorcer toute tentative de ma part de poser au guru, et toute tentative de la part des participants d'idéaliser leur pratique, au point de "puer le Yoga" (comme d'autres "puent le zen").

Une autre fois, après un véritable entretien d'Arnaud Desjardin et après d'emphatiques précautions oratoires, je leur fis écouter sur bande magnétique, une fausse interview d'Ariane Desjardin... (elle a un peu ma voix, mais ne vous en étonnez pas). Cette exploratrice visitait les sanctuaires inaccessibles au Tibet, dont le célèbre temple dédié à la déité terrible "Maha Miké Néné" (littéralement le grand Miké)... Au moment clef où notre héroïne avait enfin réussi à obtenir (après de nombreuses épreuves) le droit de visiter le sanctuaire, elle découvrait que ce tout puissant protecteur n'était autre qu'une statue en plâtre de Mickey, sans doute abandonnée par un précédent visiteur occidental et adopté par la population...

Dans la même veine, mes élèves parlent encore de la colère terrible qui m'opposa à l'une d'elles (colère au cours de laquelle je prononçais les injures les plus atroces). Cette élève avait censément oublié d'apporter les dossiers photocopiés du stage consacré à l'agression et la non-violence", (tout un programme !). Comme nous n'avions plus les textes que nous devions étudier, hors de moi, je finis par mettre la responsable à la porte...

Il s'agissait en fait d'une scène de théâtre soigneusement répétée, destinée à voir comment un groupe de yogis-en-herbe réagirait devant à une agression injuste, comment ils feraient face à la peur, ce qu'ils penseraient de leur professeur, s'ils oseraient le critiquer, s'ils consoleraient la victime ou fermeraient les yeux en s'écrasant lâchement...

On peut penser qu'après une telle entrée en matière, le groupe avait eu la possibilité de s'en tenir à de confortables généralisations concernant la violence. La discussion qui s'ensuivit fut véridique et pleine de fraîcheur (une fois que tous eurent été rassurés)... Mais que la scène ait été fausse ou pas, cela ne changeait pas grand-chose...

L'expérience me permit aussi de voir à quel point le groupe était avancé (plusieurs s'interposèrent courageusement, plusieurs osèrent me critiquer, tous se montrèrent solidaires, personne ne me lécha les pieds en pensant "elle nous est supérieure, nous ne pouvons pas le juger, selon nos critères").

Ainsi, j'ai désormais vérifié qu'aucun de ceux qui travaillent avec (et en même temps que moi, je le répète) ne se laisserait intimider ou berner par une approche dominatrice... Tout le monde conservera son sens critique, son sens moral et sa liberté. Je ne suis qu'une amie spirituelle qui a exploré le chemin un peu à l'avant et qui peut offrir certains conseils concernant les chausse-trappes.

Une de mes dernières interventions (lors d'un stage consacré au plaisir et à la souffrance) a consisté à venir ostensiblement avec un grand carton de gâteaux pour la pause, si bien que tout le monde a salivé à l'avance pendant plusieurs heures. (Noter, en outre, que cette méthode permet de "faire passer" ,comme une lettre à la poste, de nombreuses heures de zazen qui, sinon, seraient un calvaire... ou de faire accomplir certains "marathons d'asanas", dont je suis friande...). Ce jour-là, donc, tous n'attendaient avec impatience que l'heure du goûter, mais, une fois ouvert, le carton se révéla plein... de croûtons de pain. (Cet épisode fut l'occasion d'observer sur le vif le fonctionnement de la déconvenue et de discuter du fait que, le bonheur étant relatif, des enfants du tiers-monde auraient certainement trouvé ces croûtons délicieux !) Une occasion, encore, de discuter sur la surprise, la bonne, quand je sortis les gâteaux, qu'on n'espérait plus, d'un vulgaire sac en plastique... (méfions-nous des apparences).

Voilà donc où j'en suis... Tantôt sérieuse, tantôt pas... convaincue en tout cas que la Vie, "ce qui est", a suffisamment de largeur, de hauteur, et de profondeur pour accueillir tout. Le drame comme la comédie... L'amour, celui que les situations nous transmettent, en nous apportant leurs leçons, celui que nous échangeons les uns avec les autres, et celui que nous nous devons à nous-mêmes, doit toujours conserver une pointe de légèreté, sinon il est plutôt suspect. (Je repense toujours avec effroi au ton doucereux de certains curés de mon enfance, quand ils prononçaient les mots "mes très chers frères").

Les enseignements spirituels ne sont pas le vase de Soisson. Ils sont assez solides pour ne pas être maniés comme s'ils risquaient de se briser à chaque pas. Même si on les jette par terre, ils ne se fracassent pas.
(Comme il est dit dans le Tao, quand on parle à un imbécile du Tao, il rigole... sinon, il ne serait pas le Tao... mais le sage en rigole aussi...)

Quant à la vérité Ultime, pour être insondable, elle n'est pas sans être elle-même dénuée d'humour... Une seconde d'éveil est toujours une seconde où l'on éclate spontanément de rire en réalisant à quel point tout était si simple, si proche et si familier... Une seconde où l'on réalise qu'on portait des fardeaux complètement inutiles, et qu'on se lamentait sur des blessures qui n'avaient même pas effleuré notre être véritable, même pas égratigné notre peau...

Quand on découvre soudain à quel point on a été idiot, on sourit affectueusement à son propre aveuglement et l'on prend celui des autres avec patience et bonhomie. On sait aussi que malgré certaines ouvertures, on sera idiot encore, de multiples fois... On a beau être la Nature-de-Bouddha, dans son immensité, on n'est toujours pas foutu de réparer la tondeuse...

Entre le grand éveil, moment où se révèle l'immense plaisanterie cosmique... et les petits éveils quotidiens qui fissurent nos préjugés et renversent nos défenses, il y a place dans la vie spirituelle pour une dose d'humour homéopathique... à côté de plusieurs litres de discipline... et d'un tonneau de compassion.

Un maître qui ne rit pas de bon cœur est un maître dangereux.

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"La Réconciliation" - Extrait du livre - Édition ADYAR 2000

La montagne de la vie peut s'escalader à pied, à cheval ou en téléphérique, seul ou en groupe, en traversant des paysages pittoresques ou en affrontant des déserts terrifiants.
Tant qu'il grimpe, chaque voyageur est tenté de croire que son chemin est le seul. Il a tendance à oublier qu'il l'a choisi en fonction de ses goûts, de sa forme physique et de son tempérament, sans voir qu'il lui fut imposé par son époque, par la tradition et par la proximité. Son ignorance, son aveuglement et même sa ferveur, le portent alors souvent à vouloir convertir les autres de force à son itinéraire, et à leur déclarer la guerre comme à des égarés.
Ainsi les flancs de la montagne retentissent-ils de cris et de pleurs. Ainsi sont-ils jonchés de cadavres qui en rendent l'accès encore plus pénible que la simple altitude et le simple climat. Ainsi de nombreux pèlerins, terrifiés et remplis de doute, ne prennent-ils même plus la route, en prétendant que le sommet n'existe pas.
Pourtant, une fois la cime atteinte, tous les voyageurs se retrouvent extasiés devant le même spectacle et comprennent leur erreur : le raccourci de l'un était le détour de l'autre. Et le vin du premier, le poison du second. Visibles uniquement d'en haut, la plupart des impasses n'étaient que temporaires. Ceux qui marchaient sans vouloir convertir les autres, en silence, sont arrivés les premiers, sans avoir chargé leur cœur de méfaits.
Au sommet de la montagne tous les voyageurs s'éteignent en se demandant pardon. Leurs yeux sont pleins de larmes. Parce que le sommet ne ressemble à rien de ce qu'ils imaginaient. Il est l'Amour. Il est la Réconciliation. Et soudain, il n'y a plus ni chrétien, ni bouddhiste, ni juif, ni taoïste, ni hindou, ni musulman. Il n'y a plus ni homme, ni femme, ni croyant, ni athée. Les mots n'ont plus de sens. Parce que le sacré, c'est l'Unité Cachée.
Alors il n'est pas jusqu'aux animaux et aux plantes, jusqu'au moindre caillou, qui ne soit Un, en restant pourtant lui. Comprenne qui voudra.
La cime de la montagne contemple d'un même œil le ciel et la terre, les humains, les fauves et les fleurs. Elle traverse la naissance et la mort. Elle demeure. Ne dites pas qu'elle est trop haute pour vous, car elle a été promise à tous. Aussi, qu'elle soit vôtre en quelques enjambées ou après des millénaires, peu importe... vous y êtes déjà...
Il vous suffit de vous mettre en route et de comprendre trois choses. Les voilà :
La première, c'est qu'il vous faut être tolérant dès le départ.
La seconde, c'est qu'en vous trouvant, vous deviendrez la paix du monde.
La troisième, c'est que quel que soit son nom - Adonaï, Allah, la Nature-de-Bouddha, le Tao ou le Soi - la Lumière est toujours un principe unificateur.
Ignorer la Réconciliation, c'est ignorer "Dieu".

Votre responsabilité est infinie.
Votre amour n'a pas de fin.

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LA CHARTE DES RELIGIONS EN DIX POINTS

-1- Une religion digne de ce nom doit se fonder en priorité sur l'expérience Spitrituelle et non uniquement sur un livre sacré, des textes, des lois et des rituels.
-2- Une religion digne de ce nom doit s'efforcer de permettre à ses fidèles de reproduire cette Expérience Spirituelle, de leur vivant, dans les plus brefs délais.
-3- Une religion digne de ce nom doit utiliser dans ce but toutes les méthodes possibles : l'action, la dévotion, le rituel, l'étude, la méditation, etc. en tenant compte de la diversité des individus. Si besoin est, elle doit être capable d'inventer de nouvelles méthodes en fonction de l'époque. Elle doit favoriser toutes les formes d'union : entre la religion et la science, entre le corps et l'esprit, entre l'homme et la femme, etc. et promouvoir activement l'égalité et l'amitié entre les sexes.
-4- Une religion digne de ce nom doit posséder des guides "ayant connu" l'Expérience Spirituelle grâce à la méthode qu'ils enseignent. Elle doit rejeter en tant qu'enseignants ceux qui en sont au stade de la "croyance" ou de la recherche, ainsi que ceux qui prétendraient être d'une nature supérieure à celle de leurs élèves, ou simplement "différente".
-5- Une religion digne de ce nom doit pratiquer la tolérance pour n'enseigner que par l'exemple, la compassion et l'intelligence. Elle doit rester libre face à toutes les pressions, face à l'argent et à la politique. Elle ne doit jamais recourir ni à la menace, ni à la force. Elle doit s'abstenir de tout prosélytisme et encourager un choix libre de toute contrainte.
-6- Une religion digne de ce nom doit savoir reconnaître en tout être une aspiration vers l'Ultime Réalité, même si celle-ce est encore inconsciente ou utilise une formulation autre que la sienne.
Elle ne doit condamner personne avec des expressions telles que : "hérétique, infidèle, anathème, apostat, matérialiste, athée, etc."
-7- Une religion digne de ce nom doit percevoir l'Ultime Réalité en tout et considérer toute la création comme sacrée : les peuples, les montagnes, les rivières, les animaux et les plantes. Elle doit traiter la terre et les êtres vivants avec amour et respect en toutes circonstances.
-8- Une religion digne de ce nom doit traduire l'Ultime Réalité avec spontanéité dans la vie quotidienne et ne pas se limiter à des moments, des lieux et des pratiques privilégiées. Elle ne doit pas opposer un domaine faussement profane à un domaine faussement sacré.
-9- Une religion digne de ce nom ne doit pas chercher à se perpétuer en tant que structure, mais brûler de devenir inutile et de disparaître le plus vite possible. Elle doit se garder d'instaurer une institution supplantant le but qu'elle recherche ou l'individu qu'elle guide. Elle ne doit pas dérober à son profit le respect qui est dû seulement à l'Ultime Réalité.
-10- Une religion digne de ce nom doit savoir que le neutralité se trouve à l'origine et à la fin de toute démarche. Restant consciente de ses limites, elle doit reconnaître que l'Expérience Spirituelle ne laisse même plus de place pour la religion. Un jour, tout s'efface, la Lumière se contemple elle-même. Et c'est là le But.

 
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Ariane Buisset - Association de 1901 "La Découverte"
SIRET : 428 924 021 00010
Ariane Buisset, écrivain et chroniqueuse, professeur.
Cours de Yoga, Tai-CHi, Chant diphonique et chant harmonique, Méditation Zen, Écriture.
Dès 2007, Arts graphiques, atelier de gravure sur cuivre.